Beat Base : une histoire sortie du grenier…


décembre 1, 2015
sylvain
MARKET-On Agence marketing & Agence communication

Ca aurait pu être une belle histoire mais on ne saura jamais vraiment si la mayonnaise aurait prise avec un éventuel public… Je vais vous raconter une partie de ma vie un peu enfouie, qui m’explique peut être aujourd’hui cette irrésistible envie de travailler avec des personnalités qui veulent voir la vie, y compris professionnelle, « sous un angle différent ».

Cela fait plusieurs semaines que nous discutons musique avec Yann, inconditionnel fan de rock alternatif, et de la dérive marketing qui pousse des artistes décalés à se moquer du star system moderne censé faire émerger des « vedettes méritantes » issues du peuple comme aurait pu le dire Jacques Martin un dimanche de grande audience populaire dans les années 90.

L’histoire que je vous raconte se déroule au début des années 2000, la vague techno qui sera bientôt renommée électro est à son point culminant et j’accumule depuis mes 15 ans plus de 500 vinyls de deejays en devenir. Bob Sinclar produit à cette époque des titres underground (si !si !) et Martin Solveig sort des white records en séries limitées sur son label Africanism, aux rythmiques afros qui vous transpersent le torse dès que vous élevez le volume au delà du raisonnable. Tout semblait possible ! Après tout, les Phunky Data, ces gars de Grenoble, avaient sorti leur album « 38 »… Un album qui crânait sur le numéro du département de l’Isère… Décidemment, oui vraiment, créer sa page de l’histoire de l’électro french touch était possible ailleurs qu’à Paris, semble-t-il.

En 2001, j’avais rencontré Baptiste depuis déjà un moment : son père louait du gros matériel de sonorisation et le pauvre garçon avait déjà perdu une partie de son audition à essayer les enceintes surpuissantes dans un local réduit, selon ses propres dires. En plus d’être un brillant étudiant de l’EM Lyon, il était (et est toujours !) passionné de musique électronique, tout comme moi. Il venait chez moi pour mixer des vinyls, composer sur ma MPC1000 ou sur le Rm1x… et tapait sur les djembés içi présents bien mieux que moi.

Un soir, il me proposa de rencontrer Laurence, ou plutôt de venir l’écouter… C’était au Café Gnome et Rhône à Lyon.

Alors que j’avais les yeux rivés sur les doigts agiles de cette flutiste décidement douée, sortie récemment du conservatoire de Lyon, Baptiste m’argumente une main entre sa bouche et mon oreille, qu’il y a quelque chose à faire car elle recherche des gens pour faire de la musique électro-acoustique… A ce moment là, sans le savoir, le coup était parti dans ma tête.

Ni une – ni deux, le week-end suivant, nous voici tous les trois réunis dans ma maisonnette – appartement de 30m2 pour élaborer ce qui devait être et sera un projet excitant et peu courant : notre musique serait live ! Exclusivement live… Laurence me donnera les gammes sur lesquelles composer sur le Yamaha Rm1x (machine volontairement basique et compacte). Lors de nos performances, tout se jouerai à partir de là : Sylvain séquencera au feeling, Baptiste sera aux percussions et Laurence fera voltiger les notes sorties de son tube d’acier magique au dessus de cette rude mélodie.

C’était génial… Quelques minutes plus tard, nous voilà coincés dans mon minuscule salon entre les machines électroniques et les quelques meubles poussés dans les coins pour faire un tout premier essai… Debout devant mon séquenceur, concentré comme un pilote de Formule 1 avant le départ, j’essaie de ressentir les vibrations qui doivent se mettre en accordance entre nos trois perceptions des sons émis. Je choisis un morceau aux sonorités particulièrement hard… pour voir si ça passe… sans prévenir. Le séquenceur crache ses sons distordus, Laurence pose ses lèvres sur l’embouchure en maillechort, lance un flatterzung, trouve finalement ses marques et nous emmène vers des sonorités enivrantes en partance vers l’Orient. Je suis en train d’enregistrer notre premier morceau, sans balances de sons, sans effets et calés tant bien que mal,… Les minutes passent comme des secondes, le séquenceur tord encore quelques notes… Et voilà. Je choisi un nom à la va-vite à l’aide des molettes de choix des lettres de mon séquenceur et écrit péniblement « Hard oriental track » : je ne veux pas que les sons choisis s’effacent de cette mémoire artificielle potentiellement capricieuse.

Cliquez ici pour écouter « Hard oriental track ».

C’est clair, c’est plus un bœuf qu’un morceau structuré, mais on est emballé !

On décide de se revoir le week-end d’après, mais cette fois il y aura plus de matos. Il faut mieux gérer les balances, les percussions sont trop fortes et puis il faut essayer d’autres morceaux !

Alors nous nous voyons et continuons à enregistrer live… encore, et encore ! Le style s’affine, les balances et les effets sont les bienvenus.

Cliquez ici pour écouter « U-Ground »

Cliquez ici pour écouter « Wind of faith »

Aussi nous avons recruté un ami de Baptiste qui est clarinettiste et qui à passé le crash-test avec brio, sur le même mode que lors de notre première rencontre : enregistrement à l’arrache dans le salon. Le résultat plaît à Baptiste, à moi, mais pas tout à fait à Laurence…

Cliquez ici pour écouter « Forever »

Nous faisons une première date dans un pub… Le principe plaît, les gens dansent mais nous manquons d’expérience. Laurence commence à s’agacer de notre amateurisme ! Elle croît dans le projet mais elle veut en vivre. C’est normal, elle est musicienne professionnelle. Elle diffuse largement des enregistrements auprès des festivals de musique. Ca m’inquiète, je nous trouve pas prêts…

Quand soudain, bing ! la nouvelle tombe. Nous sommes sélectionnés pour jouer en début de soirée au festival Les Rocktambules 2004 en Octobre. C’est le coup de flip.

Les répétitions se succèdent. Mais plus le temps passe, plus la flutiste et le clarinettiste se montent dessus… C’est palpable, je le sens lorsque je tourne mes potentiomètres, lorsque j’envoie les pistes… je dois laisser toujours plus de place aux instruments, réduire les volumes, faire des signes que je ne faisais pas auparavant…

Et puis patatras, un mois avant le festival, tout s’arrête. Baptiste en a marre et Laurence aussi. Elle claque la porte. Elle me rappellera quelques semaines plus tard pour me proposer de travailler à deux. Mais c’est fini, le projet a trop perdu de sa substance, un séquenceur seul avec une flûte, ce n’est plus « binary signal for winds and drums » comme se prénommait la maquette. This is the end. Mais c’était génial, une vraie expérience à sensations musicales.

Quel rapport avec le marketing ? vous ne voyez pas ? Je vais vous dire : Cet article est à destination des personnes qui (désormais nombreuses) jouent d’un instrument ou apprennent à chanter en espérant être un jour une « star » (de consommation). Lorsque je vois ces vraies fausses stars reprendre avec vraie fausse passion les monuments de la musique mondiale, je me demande pourquoi aussi peu d’entre elles sont intéressées par de nouvelles sensations musicales, des essais, des expériences,… Et pourquoi autant d’entre elles se jettent dans une logique d’être repérées, avec comme support la musique. La musique a toujours utilisé le marketing pour fabriquer des stars, mais lorsqu’il s’agit de marchéage lucratif et bien organisé d’humains ayant pour objectif d’exister coûte que coûte aux yeux des autres, même sur un temps très court, est-ce qu’il s’agit encore de musique ? Je ne sais pas, je n’ai pas l’impression.

Beat Base 2004