Birdy Kids, plus Lyon que le lion


septembre 22, 2015
Yann Jeandroz
MARKET-On Agence marketing & Agence communication

Ces petits oiseaux, je les adore. Quand on arrive du Sud de la France en prenant l’autoroute, on traverse Feyzin. Certes, c’est un peu mieux aujourd’hui – notamment au niveau de l’odeur ! -, mais ça n’en reste pas moins fort peu accueillant pour les touristes qui traversent la ville. Je vois mal une famille néerlandaise arriver là et se dire (je la fais en version française) : «  Mais ! C’est magnifique ici ! Si on s’arrêtait aller à respirer une bonne bouffée de pétrole pour se requinquer ?! »

En remontant hier, j’ai vu ce fameux oiseau tagué sur une plaque en tôle au milieu de la double voie. Je ne sais pas depuis combien de temps il est là, mais c’est comme un deuxième panneau qui marque l’entrée dans la ville pour moi ! Etant donné qu’on en voit de plus en plus ces dernières années à travers l’ensemble de la ville – et plus seulement sur les branches d’autoroutes – j’ai voulu faire quelques recherches sur le sujet. En passant à côté du skate parc du pont de la Guillotière, les deux tags dans les fosses m’ont mis la puce à l’oreille : comment ces grapheurs régulièrement poursuivis par les forces de l’ordre sont passés des autoroutes bordant la ville au plein centre, à la vue de tout le monde ?

Si on revient brièvement sur l’histoire, Birdy Kids est un collectif de trois gars qui a démarré en 1989, qui est passé du stade de dégradation de l’espace public à celui de symbole de la ville de Lyon. Il y avait – et il y a toujours – un côté revendicatif, avec des oiseaux défoncés par l’urbanisme pour montrer qu’ils n’ont plus leur place en ville. Dans les années 2000, ils ont fait le tour de pas mal de grandes villes françaises, jusqu’à avoir été choisi comme ambassadeur culturel de la Ville de Lyon en 2012…! De grapheur en proie aux griffes de la police il y a quelques temps, on peut passer à ambassadeur culturel de la troisième ville de France ?

Si vous allez sur leur compte Instagram, c’est juste dingue : ils nous emmènent à Barcelone, au Mexique, sont exposés à Bangkok ou Tokyo… Un jour on pourra se promener là-bas en se disant « tiens, un petit air de Lyon ».

Et j’en suis arrivé à cette question – défaut professionnel oblige : ces mecs seraient-ils des génies du marketing, même contre leur gré ? Ils font ce qu’ils aiment à l’origine, et ça leur permet aujourd’hui d’en vivre. Ils fabriquent des totems, des sérigraphies, des t-shirts, des goodies, etc… Pour un art qui se voulait revendicatif ? Je suis vraiment heureux qu’ils puissent en vivre, là n’est pas la question. Mais est-ce que chaque personne qui achète un de leur produit est dans l’esprit de revendication que le collectif avait quand ils ont démarré il y a 26 ans ? La réponse est certainement non.

La frontière entre le marketing et l’art est un débat bien plus ancien que cet article, et c’est une frontière toujours aussi indécise. En Mars dernier, un documentaire a été projeté sur les Birdy Kids à l’UGC Ciné Cité Confluence, qui a été décrié par le collectif lui-même comme on peut le lire sur mlyon.fr : « ils n’aiment pas l’image trop lisse, trop officielle qu’on leur prêterait, celle de « graffeurs de mairie » ».

Pour autant, le collectif a fait beaucoup pour la réputation de Lyon : qui connaît les Birdy kids et leurs oiseaux ? Et qui connaît l’emblème de Lyon ?